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Amours, Passions et Mystères  
 
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Le plus grand des petits voyages

 

 

« Attention au départ ! Attention au départ ! Le train en direction Valencay, Pont st Charmille, et Aiglefeuille va partir » 



- Et voilà ! C’est repartit pour un nouveau périple… Mais je manque à tous mes devoirs, Je vais commencer par me présenter.
Mon nom est Hector, et d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours fait des voyages en train. Mon papa m’a toujours fait voyager et d’époque en époque j’ai vu évoluer les machines et les paysages.
Quand je n’étais qu’un tout petit bébé, je bougeais peu et je n’avais qu’une vue très partielle de ce qui m’entourait, un bout de fauteuil, un morceau de plafond, la cime des arbres qui de temps à autres faisant naître des éclairs de lumière en passant devant les fenêtres.
J’imaginais des voyages à l’image de mon champs de vision, blottit dans du coton et cerner par une douce vibration qui me poussait au sommeil, et c’est le plus souvent une fois l’aventure terminée que je me réveillais dans ma maison, dans mon lit rassurant ou papa m’avait raccompagné.
Quand j’ai grandi j’ai pris de l’assurance et de la mobilité, et j’ai pu enfin découvrir et profiter du monde merveilleux du rail.
Mes premiers émois furent pour la machine à vapeur, c’est la première qui occupa le réseau, une belle machine toute noire, toute bruyante et toute fumante, elle marchait à l’eau et au charbon et rien que l’odeur réveille en moi des souvenirs émus.
Mon papa me laissait circuler de wagons en wagons, il gardait cependant un œil attentif sur moi pour pas que je me blesse.
La vitesse et les odeurs étaient merveilleuses : le bois des voitures, le cuir des sièges, si les fenêtres étaient ouvertes et que vous passiez dans un tunnel une vapeur chaude pénétrait à l’intérieur et planait un instant avant de s’évanouir… Comme un rêve qui part quand le jour revient.
Le bruit des raccords de rails marquaient la mesure et même si les vaches dans les prés ne tournaient pas la tête, je suis sûr qu’elles appréciaient le spectacle que donnait la locomotive surmontée de son panache blanc.
Puis le réseau évolua et chemin faisant, plus rien ne fut comme avant. Bien sûr, les voyages étaient plus longs, mais ils se faisaient plus vite.
Je grandissais, mais j’avais pourtant du mal à maintenir mon équilibre. Et si en toutes saisons les feuilles des arbres étaient vertes, je n’avais plus tout à fait le même plaisir à les voir, et les regarder devenait presque pénible tellement leur défilement était rapide.
Durant le voyage, je voyais, ou  plutôt j’apercevais à chaque fois ma chère machine à vapeur, mais elle ne tournait presque plus, cela devait prendre trop de temps pour la mettre en marche.
Ce qui me sembla des mois voire des années passèrent avant que je ne retourne au train. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand je vis la nouvelle machine qui parcourait les rails, plus rien à voir avec ce que j’avais connu, on aurait dit un grand fuseau bleu qui passait trop vite pour que quiconque puisse y voyager. D’ailleurs papa ne m’y fit jamais monter, j’ignore encore pourquoi, mais je ne regrette pas, cela me permettait de le voir passer en restant au milieu des vaches, toujours aussi impassible qu’à leur habitude.
C’est en me promenant sur le réseau qu’un jour j’ai eu la plus belle surprise de ma vie : ma machine à vapeur était là, juste derrière la gare. Bien sûr elle ne roulait plus et était disposée sur des rails qui partaient de nulle part pour mener nulle part, mais c’était bien elle, toute noire et suivie de tous ces wagons comme dans mes souvenirs.

Je me précipitais vers elle en bousculant quelques passagers immobiles, une fois à ses pieds, je revécus en un instant l’ensemble des émotions passées.
Sans attendre l’autorisation ou l’aide de mon papa je grimpais dedans et parcouru les wagons. Rien n’avait changé. C’était merveilleux !
Mon papa qui me cherchait depuis un moment, finit par me retrouver, et voyant que je ne voulais pas partir, il me laissa là, pendant qu’il s’occupait plus loin.
Maintenant chaque fois que nous venons au train c’est là qu’il me dépose et c’est là qu’il revient me chercher.

C’est d’ailleurs d’ici que je vous raconte cette histoire, et même si maintenant, je ne fais plus les voyages que dans ma tête, c’est toujours pour moi plus réel qu’un rêve.

 

« Thomas ! Thomas ! Tu es là mon poussin, aller viens manger maintenant. Et ramène Hector avec toi, tu sais que ton grand père n’aime pas que tu laisses ton hamster sur ses maquettes de trains électriques. »